La santé, un pas à la fois

Natacha Avant (40 ans)
Natacha Avant (40 ans)

En avril 2009, à l’âge de 40 ans, j’apprenais que j’étais aux prises avec une sténose spinale au niveau de mes lombaires. Si je souffre de douleurs au dos depuis une vingtaine d’années, j’étais alors loin d’imaginer que je recevrais alors ce diagnostic qui changerait ma vie à tout jamais…

L’automne 2008 a été marqué par des douleurs plus aiguës que la normale et des raideurs inhabituelles au bas du dos. À ce moment, le simple fait de me pencher était difficile et combien pénible, mais je croyais que mes maux n’étaient dus qu’à un manque d’exercice physique. Toutefois, plus les mois passaient et plus les douleurs s’intensifiaient. J’éprouvais alors d’énormes difficultés à marcher et même à simplement rester debout.

Pour alléger mon mal, j’ai donc commencé à prendre de l’Advil à profusion. J’ai aussi essayé de prendre des cours d’aquaforme, de faire des séances de physiothérapie et même simplement de me reposer pour réduire ma douleur, mais rien n’y faisait. Ne sachant plus quoi faire, j’ai donc fait comme plusieurs personnes et j’ai enduré mon mal. En vérité, si je refusais de demander un avis médical, c’est bien parce que j’avais peur de ce qu’on me dirait.

La période qui a suivi a sans doute été la pire de toute mon existence ; je n’arrivais plus à rester debout du tout. En fait, il n’existait aucune position me permettant de soulager mon mal. Que je sois assise ou couchée, j’ai vécu des heures d’enfer à cause de la douleur, je n’en pouvais simplement plus.

Sur une échelle de 1 à 10, ma douleur semblait se multiplier à la puissance 30. Une telle souffrance ne s’explique simplement pas, elle se vit. Mais lorsqu’on traverse ce genre d’épreuve, la douleur ressentie n’atteint plus seulement le corps ; elle endommage aussi l’aspect psychologique et le mental de la personne. Vient un moment où, inconsciemment, on n’envisage plus aucun rétablissement. C’est comme si l’âme et le cœur, à force de souffrance intense en permanence, en viennent à un mal-être général, subjugués qu’ils sont par le sentiment qu’il en sera toujours ainsi. Et c’est exactement ce qui m’est arrivé.

J’ai d’ailleurs perdu tout intérêt pour mes passions. Je les avais enfouies tellement profondément en moi que je doutais de pouvoir les retrouver un jour. J’ai toujours adoré peindre et les idées de projet continuaient de s’imposer à moi, mais le simple fait de penser à les mettre en pratique m’épuisait. J’en suis venue à me convaincre que de laisser libre cours à cette passion ne ferait que renforcer mon mal, alors je n’osais plus entreprendre quoi que ce soit.

Vous savez, cette petite lumière au bout du tunnel ? Je ne la voyais plus du tout. Je n’osais même plus l’imaginer. J’en suis venue à me convaincre que mon corps ne surmonterait jamais cet obstacle, qu’abandonner était la seule chose sensée à faire. J’ai même envisagé la mort, me disant que la serait là ma seule vraie délivrance.

Puis je l’ai entendue, cette petite voix, celle qui vient directement du cœur. Celle qui m’a rappelé à quel point je tenais à mes enfants, à quel point je les aimais. C’est cette petite voix, qui se cache en chacun d’entre nous dans nos moments les plus noirs, qui m’a convaincue, en ce mois d’avril 2009, à me rendre à l’hôpital pour recevoir mon diagnostic et enfin comprendre ce qui m’arrivait.

Dès qu’on m’a annoncé que je souffrais de sténose spinale, on s’est empressé de mes prescrire des antidouleurs, des relaxants musculaires ainsi que des injections de cortisone. Croyant tenir enfin la solution, je suis rentrée à la maison en suivant les recommandations. Mais voilà qu’en seulement 4 jours, les médicaments ont tellement pris le dessus sur mon organisme qu’en plus d’être endormie et de me sentir droguée, je n’arrivais aucunement à fonctionner. Et la douleur était toujours présente. Ce moment d’impuissance m’a rendue vraiment vulnérable. J’étais agressive, impatiente, dépressive et je pleurais tellement que je me suis de nouveau dit que je ne pourrais plus continuer si les choses ne changeaient pas très bientôt.

Les décisions que j’ai prises par la suite pourront sembler irréfléchies à certaines personnes, mais rappelez-vous que chacun réagit à sa façon face aux défis que nous envoie la vie. Pour ma part, j’ai entrepris des recherches personnelles pour mieux comprendre ma maladie et ainsi savoir où cela me mènerait dans un avenir rapproché. Mon bilan a été très clair : il me fallait perdre mon excès de poids, manger plus sainement en choisissant des aliments anti-inflammatoires et bouger.

Forte de ma nouvelle motivation, j’ai arrêté de prendre ma médication du jour au lendemain. Je me suis ensuite dirigée à la librairie où j’ai déniché de merveilleux livres portant sur la santé, l’alimentation et les étirements pour le dos. Si on dit souvent qu’il faut une détermination à toute épreuve pour changer complètement sa vie, il est aussi vrai de dire que lorsqu’on aime la vie et qu’on a souffert aussi longtemps, la volonté de simplement vivre nous rend plus fort. On fait donc tout en son pouvoir pour changer ce qui peut l’être et pour abandonner toutes ces choses qui nous empêchaient d’aller de l’avant. Si certains renoncent à remettre leur vie sur les rails, j’ai pour ma part choisi d’y mettre tous les efforts nécessaires pour m’en sortir et finalement me sentir bien. Je connais aujourd’hui mes capacités et, grâce à cela, je suis capable d’aller toujours un peu plus loin.

J’ai donc décidé de mettre toutes les chances de mon côté et je me suis fixé une date butoir qui marquerait le début de ma nouvelle vie. C’est le 3 janvier 2010 que j’ai appris à connaître la vraie Natacha, celle qui criait pour sa liberté depuis si longtemps. Malgré mes douleurs, mes difficultés et mes peines, j’ai entrepris une perte de poids en intégrant à mon quotidien de l’exercice physique et des aliments sains. Après 5 longs mois et 30 livres en moins, j’ai enfin vu de nouveau cette douce lumière qui brille au bout du tunnel. Franchement, rien de tout cela n’a été facile et j’ai rencontré bien des défis mais, petit à petit, j’ai senti mon corps se détendre et me remercier de tous les efforts que je faisais pour le maintenir en santé.

Il est vrai qu’entreprendre un tel programme est difficile au départ. Malgré tout, il s’agit de la solution aux maux de bien des gens. Si vous-même souffrez de douleurs au dos, aux genoux ou autres articulations et que vous traînez en plus un surplus de poids de plus de 25 livres, il ne sert à rien de chercher des solutions miracles. Ce dont votre corps a réellement besoin, c’est d’une bonne alimentation pour retrouver votre poids santé, alléger le poids qui pèse sur lui et le laisser guérir en lui accordant du temps. Ce processus est long, j’en conviens, mais c’est assurément le meilleur choix que vous pourrez faire pour vous-même à long terme.

Depuis tout ce temps, je ne suis toujours pas parvenu à enrayer ma maladie, mais j’ai néanmoins réussi à en alléger les symptômes au point où je peux maintenant vivre une vie normale. Je suis fière aujourd’hui d’affirmer que c’est moi qui ai eu le dessus sur la maladie et non pas l’inverse.

En fait, tout ce que j’ai traversé depuis cette fameuse journée de janvier 2010 m’a permis de cheminer et de me sentir toujours mieux dans ma peau, au jour le jour. Par contre, ce n’est que tout récemment que j’ai pu en prendre conscience, alors qu’une distance énorme s’est installée entre cette partie de moi que je croyais morte pour toujours et celle qui l’a aujourd’hui remplacée, pleine de vie. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai décidé de vous partager ce témoignage. S’il m’a fallu toutes ces années pour prendre conscience de tout le bien qu’une simple décision m’a procuré, alors tous ceux qui, comme moi, vivent des douleurs insoutenables peuvent aussi y arriver.

Il faut toutefois comprendre qu’un tel changement ne peut se faire que de manière graduelle. Si j’ai réussi à tenir le cap au cours de 7 années, je n’étais pas aussi positive et confiante dès l’instant où j’ai pris la décision de changer. La souffrance peut facilement traumatiser les gens et les pousser à une insécurité dont il n’est pas facile de se défaire. Au début, j’en étais presque devenue maniaque. Dès que je quittais la maison, je préparais toujours mes antidouleurs par simple crainte de souffrir, et ce même si je ne les prenais pas. Si toutefois je partais pour quelques jours, alors tout le bataclan suivait : médicaments, bouillotte chauffante, crème musculaire, sac à main, souliers orthopédiques, espadrilles, etc. Ainsi, j’avais pris la décision de m’en sortir, de retrouver la forme, mais mon cerveau continuait inconsciemment à vivre dans la peur du mal, comme si la souffrance l’avait marqué au fer rouge.

Il y a quelques années, je suis allée en croisière en Méditerranée, et ce malgré mes craintes. Je me suis tout de même procuré un sac à dos pour traîner ma caméra, spécialement conçu pour alléger le poids portant sur le dos. Même si j’avais déjà gagné en confiance, je me demandais encore comment j’arriverais à marcher si longtemps pour visiter tous les beaux endroits qui m’avaient d’abord inspirée ce voyage. Par simple souci de réconfort psychologique, j’avais encore une fois apporté avec moi ma fameuse « trousse de voyage » antidouleur.

C’est lors de ma troisième sortie du bateau que le déclic s’est fait en moi. J’allais visiter la ville de Santorin en Grèce, ce qui représentait pour moi un vrai rêve. Malgré mon euphorie, je ne cessais de me répéter que pour une personne qui souffre de problèmes dorsaux comme moi, ce paysage montagneux pouvait rapidement devenir catastrophique. L’angoisse continuait à me submerger, même si j’étais désormais forte de deux années de cheminement et de réussite. Avec 50 livres en moins, j’arrivais à marcher environ 3 km à tous les deux jours. Mais même avec tous ces éléments positifs, je continuais à ressentir une crainte profonde de souffrir de nouveau.

* J’ai donc préparé cette expédition comme à mon habitude, même si tout mon attirail me donnait un air totalement ridicule, en plus d’être lourd à porter. Lors de cette visite inoubliable, j’ai marché des heures et des heures durant, j’ai grimpé des marches, traversé des couloirs, visité plusieurs boutiques et pris d’innombrables photos. Puis, avant d‘entamer les 2 prochains kilomètres qui me ramèneraient jusqu’au bateau, je me suis adossée à un muret de pierre. Ce que j’ai vu alors était à couper le souffle. Le paysage était simplement époustouflant. L’image des montagnes couvant ce coucher de soleil magnifique me remplissait de gratitude et, pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie sereine. C’est à ce moment précis que j’ai réalisé que, tout au long de cette excursion, pas une seule fois je n’avais ressenti de douleur. J’ai donc fermé les yeux et j’ai remercié Dieu de m’avoir donné la force et la détermination nécessaires de changer les choses. Dès lors, je n’avais plus à avoir peur de souffrir. Le poids de l’insécurité ne pesant enfin plus sur mes épaules, je me suis aussitôt sentie beaucoup plus légère, prête à prendre mon envol.

J’ai alors continué à planifier ma routine dans le but de toujours aller de l’avant. Malgré tout, un autre défi m’attendait. L’été dernier, mes douleurs se sont de nouveau intensifiées vers le haut du dos jusque dans les cervicales. De plus, je sentais que ma circulation n’était plus aussi bonne au niveau de mes jambes. Pourtant, depuis le mois d’avril 2014, je bougeais beaucoup et il y avait déjà 4 ans que je maintenais mon poids. J’ai donc décidé de consulter de nouveau, cette fois un spécialiste en orthopédie. Après une panoplie de tests, il m’a enfin affirmé qu’il faudrait sans doute éventuellement m’opérer dans le dos. L’insécurité est alors revenue aussi vite qu’elle était disparue et j’ai perdu le contrôle : je me suis mise à manger mes émotions et j’ai repris 15 livres en l’espace d’un clin d’œil. Cette fois, par contre, je savais que c’était la peur qui me poussait à agir de la sorte.

On s’entend qu’une opération dans le dos, ce n’est pas une mince affaire ; ça chamboule un quotidien. Après un certain temps, le médecin a fini par m’annoncer que la maladie n’avait pas assez progressé et que, pour le moment, je n’étais pas assez atteinte pour être opérée. Il m’a donc suggéré des injections de cortisone dans l’attente de mon opération. Personnellement, je n’étais pas prête à affronter de nouveau la douleur et la souffrance liées à la maladie qui me rattrapait.

Me sentant craintive, le médecin m’a alors dit les paroles que j’avais besoin d’entendre. Il m’a rappelé tous les efforts que j’avais réussi à maintenir depuis longtemps, mais il m’a aussi confié qu’il était plus qu’impressionné des améliorations que j’avais apportées à mes symptômes en transformant mon corps. C’est en écoutant ces paroles que j’ai pris conscience de la perfection du corps humain, à quel point il est bien conçu. Et surtout, il n’est pas fait pour se voir injecter des corps étranger dans le but de se sentir mieux, la preuve étant le long parcours que j’étais parvenue à compléter depuis les dernières années.

Je me suis donc fixé un nouveau but, plus précis cette fois : être en santé, et ce de la manière la plus naturelle possible. Le corps est si magnifique lorsqu’il est en bonne santé et je crois fermement à l’auto-guérison si l’on prend les bonnes décisions et que l’on agit comme il le faut. Même si parfois cela demande de rater un objectif ou de s’emmêler les pieds dans un défi de taille, il faut savoir se relever et continuer. Un tel cheminement demande du temps, de la patience et une détermination à réussir, à atteindre ses objectifs un à la fois, petit à petit.

Cette remise en question et cette rechute auront été pour moi un nouveau coup de pouce du destin vers mon prochain défi. Maintenant, ce vers quoi je tends, c’est l’atteinte de mon poids santé et la reconstruction d’un corps qui sera plus fort afin de me soutenir physiquement de manière adéquate. J’ai déjà commencé à placer les pions traçant le chemin de ma réussite. Je sais que pour atteindre cet objectif final, je devrai travailler encore plus fort que je ne l’ai jamais fait, mais je sais aussi que ces 10 dernières années m’auront permis d’aller chercher en moi la force nécessaire pour entreprendre ce parcours qui, au final, sera des plus gratifiants.

C’est donc l’espoir au cœur que je me lance dans cette nouvelle aventure, prête à atteindre non seulement un poids santé, mais un corps fort et sain. J’ai pris la décision de vivre encore longtemps, et ce sans souffrance, et c’est ce que j’accomplirai.

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